C'est la question que Laure* s'est posée pendant des mois avant de se décider. À 42 ans, après trois tentatives de FIV avec ses propres ovocytes, son médecin lui a suggéré le don d'ovocytes. "J'ai mis six mois à accepter l'idée. Je pensais que si l'enfant n'avait pas mes gènes, quelque chose manquerait entre nous."
Aujourd'hui, sa fille de 2 ans s'appelle Rose. Et Laure témoigne pour toutes les femmes qui, comme elle, hésitent.
"Ce qu'on m'avait dit et que je n'avais pas vraiment compris avant, c'est que porter un enfant, c'est déjà lui transmettre énormément. Mon sang, mes hormones, mon microbiome, mon stress ou mon calme pendant la grossesse — tout ça a façonné Rose. Elle a grandi en moi pendant 9 mois. C'est ma grossesse, mon accouchement, ma fille."
La science confirme cette intuition : l'épigénétique montre que l'environnement utérin influence l'expression des gènes de l'embryon pendant la grossesse. La mère porteuse joue un rôle biologique réel, même quand les ovocytes viennent d'une donneuse.
"Ce qui m'a le plus aidée, c'est d'arrêter de voir le don d'ovocytes comme un deuil et de le voir comme un choix actif. J'ai choisi de devenir mère par ce chemin. Je ne l'ai pas subi."
En Espagne, le don d'ovocytes est anonyme, encadré et pratiquement sans liste d'attente. Les donneuses ont entre 18 et 35 ans, sont sélectionnées sur bilan médical complet (génétique, sérologies, caryotype), et la compatibilité phénotypique avec la receveuse est recherchée autant que possible (groupe sanguin, phénotype, couleur des yeux et des cheveux).
Le parcours pour une receveuse est moins lourd médicalement qu'une FIV classique : pas de stimulation ovarienne, pas de ponction. Un traitement hormonal léger prépare l'endomètre pour le transfert. Une à deux visites en Espagne suffisent généralement.
Les taux de réussite sont parmi les meilleurs en PMA : environ 57 % de grossesse par transfert selon les données SEF, et plus de 83 % sur un cycle complet (tous les embryons obtenus utilisés). L'âge de la receveuse n'est plus le facteur limitant — c'est l'âge de la donneuse qui compte.
"Dès le début, on a décidé qu'on lui dirait. On ne voulait pas d'un secret qui finit par sortir au mauvais moment." Laure et son compagnon ont commencé à parler à Rose de son "histoire" de façon simple, dès ses 18 mois, avec des livres adaptés. "Elle est trop petite pour comprendre, mais les mots sont déjà dans l'air. Ça fait partie de son histoire, ni plus ni moins."
Les pédopsychiatres spécialisés recommandent unanimement la transparence progressive avec l'enfant. Les associations de familles par don peuvent vous aider à trouver les mots et à préparer ce dialogue.
Chez WoMA, on pense que le don d'ovocytes est un chemin vers la maternité comme les autres — ni inférieur, ni supérieur. Il demande un travail émotionnel réel, et c'est pour ça qu'un accompagnement bienveillant compte autant que l'accompagnement médical.
*Prénom modifié à la demande de la témoin.